Crise du Kasaï, enfants soldats, séparés et vulnérables ; réponse pratique et holistique de SAPI

Crise du Kasaï, enfants soldats, séparés et vulnérables ; réponse pratique et holistique de SAPI

Projet d’appui à l’Assistance d’urgence intégrée en faveur de la protection de 3,750

Enfants affectés par les conflits armés et autres enfants vulnérables dans l’espace du Grand Kasai.

 

 

Dans le centre sud de la République Démocratique du Congo se situe l’espace du Grand Kasai (composé du Kasai, Kasai Central, Kasai Oriental, Sankuru, Lomami), une zone accolée à L’Angola. Une crise éclate en septembre 2016, après la mort du chef coutumier Kamuina Nsapu, tué lors d’une opération militaire après avoir eu un différent avec le pouvoir étatique de la région et de Kinshasa. (pour plus d’information, consultez cet article de Sonia Rolley). Une milice se soulève dans un mouvement qui, initialement se lève contre les symboles du pouvoir central, et qui s’est progressivement agrémenté d’un conflit tribalo-ethnique (en particulier dans la province du Kasai), en lien avec l’octroie arbitraire de titres reconnaissant le pouvoir des chefs coutumiers (voir article précédent) et l’affiliation politique des groupements. Cette crise complexe peut aussi être comprise comme est une manifestation locale de rivalités politiques au niveau national (voir rapport de OCHA). Des violences innommables ont sévi pour une période de plus d’un an et la peur règne encore dans les villes et les campagnes où des groupes de miliciens sont encore actifs.

 

Les populations des régions ont fui en masse face aux violences que provoquent les affrontements entre milices, policiers et l’armée Régulière (les FARDC) et les exactions graves sur les habitants tels que les exécutions sommaires, les enlèvements et violences sexuelles perpétuées par les deux camps. Les déplacées, encore 800.000 au mois de novembre 2017 (dès 1,5 millions depuis le début de la crise) se retrouvent sans structures, camps ou assistance vers lesquels se tourner. Ils se retrouvent dans des familles d’accueil spontanées, sites improvisés ou dans la brousse.

 

Recruté au rang des milices, bourreaux et victimes en même temps, les enfants forment 40 à 60% des effectifs (UNICEF). Ils sont, pour la plupart d’entre eux, âgés de moins de 15 ans. Des enfants de moins de 10 ans, et les filles n’y sont pas épargnés. La crise du Kasai touche les enfants au premier plan. Des enfants séparés de leur famille, se retrouvent livrés à eux même dans les villages et groupements sans aucun accompagnement social. Ils sont exposés à toute sorte de violences : meurtres d’enfants, violences physiques et psychologiques, abus et exploitations sexuelles, enrôlement forcé ou rusé dans les milices. La crise à également augmenté l’insécurité alimentaire aigues de 750%, amenant la faim et menaçant les enfants de malnutrition.

 

Cette situation alarmante inquiète la communauté humanitaire, L’ONG SAPI, dédiée à la protection des enfants, est présente sur le territoire depuis août et facilite un projet d’appui d’urgence de six mois soutenu par l’UNICEF et voué à la protection des enfants.

Les réponses que l’ONG apporte aux difficultés des enfants sont nombrables :

Espaces Amis pour Enfants

SAPI a mis en place deux Espaces Amis pour Enfants, à Kamako et à Tshibala. Ces lieux constitués d’un hangar à mur bas, de terrains de foot et de volley aménagés, de balançoires et munis de quelques jeux, accueillent chacun une moyenne de 400 enfants par jour. Des enfants sortis des milices, des enfants séparés ainsi que ceux vivant dans le quartier peuvent y trouver sécurité, suivi et encadrement. Les enfants sont conviés à des activités pédagogiques programmées au sujet de l’hygiène de base et le vivre ensemble ainsi que nous leur proposons des divertissements pour qu’ils puissent partager et décharger leur vécu récent et socialiser avec leurs paires. C’est là un des fondamentaux du projet : inclure les communautés locales dans la protection et l’accueil des enfants à travers la participation des enfants locaux vulnérables et à travers des mécanismes communautaires.

Des Points d’Ecoute ont été placés dans quatre localisations dans le but de recueillir les témoignages et les appels des enfants vulnérables. Les agents sont sensibilisés au sujet de la détresse psychologique et sociale que peuvent endurer les enfants victimes ou témoins des violences. Ils appliquent une attention particulière et les dirigent vers des structures de soin appropriées quand nécessaire.

 

 

 

 

 

Figure 2 encadreuse devant le EAE de Tshibala, territoire de Kazumba Figure 3  Enfants jouant au jeu de corde  à sauter à              Tshibala

Figure 4 Match de football à Tshibala

Figure 5 Enfants participants à une activité de groupe à Kamako, territoire Kamonia
 

Figure 6  A l’occasion de la journée internationale  le 12 février 2018, de l’enfant soldat, une activité culturelle riche  en couleur a été organisée à Luiza avec les enfants sortis de la milice a été organisée en leur intention. Plusieurs groupes folkloriques de la place invités à cette occasion ont accompagnés ces enfants dans la démonstration des pas de danses  traditionnels et autre gamme de jeux adaptés à l’événement.

Figure 7 Enfants prenant la pause à Kamako

 

 

Réseaux Communautaires et sensibilisation

 

SAPI a déjà mis en place 6 Réseaux Communautaires pour la Protection de Enfants, autrement appelés RECOPES, à Tshibala, Kamako, Luiza, Yangala, Luambo et Masuika. Les RECOPE sont des regroupements de volontaires résidant dans la même communauté et désignés par leurs pairs pour assurer ensemble la protection de proximité des enfants et pour assurer une conscience communautaire au sujet des droits des enfants. Ces réseaux sont formés sur les droits des enfants et sur l’identification et le rapportage des cas d’abus et de violations de ceux-ci.

Ils sont sensibilisés sur les détresses psychologiques et sociales que peuvent endurer les enfants affectés par les violences. Ils sont alors chargés d’orienter et de suivre les cas, à travers leur prise en charge prise en charge médicale et psychosociale par les structures compétentes, et de la poursuite judiciaire des auteurs d’abus et de violations des droits de l’enfant. Les RECOPES constitue un point de garde, de reportage et de sensibilisation.

Pour ce faire, SAPI soutien ces réseaux matériellement, ainsi que trois ONG’s locales (CAPSM, TDH, et AJID) luttant déjà pour la protection des enfants. Des T-shirts, des dépliants de sensibilisation, ainsi que des mégaphones enregistreurs leurs sont offerts pour faire passer des messages de sensibilisation. Un message enregistré par SAPI a été conçu à cette fin et est également émis sur les radios locales. Des vélos ont été distribués pour faciliter leur fonctionnement quotidien et leur déplacement dans leurs différentes attributions.

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Figure 8 enseigne devant le bureau des RECOPES de Luambo? Figure 9 Donation de vélos au RECOPES de Tshibala
Figure 10 Mise en place du RECOPES à Yangala Figure 11 Un des Dépliants de SAPI pour la lutte contre le viol et la violence sexuelle envers les enfants. « C’est une affaire de tous ».
Figure 12 T-Shirt de sensibilisation en langue Tshiluba : « très chers parents, et volontaires communautaires,  protégez les enfants ainsi que leurs droits ( avantages). »  xFigure 13 Atelier de capacitation à Kamako, sur le processus IDTR ( identification, de documentation, de tracing et de réunification), sur la Prise en charge et sur les droits de l’enfant.

 

 

Processus IDTR

Les Enfants Sortis des Milices (ESM) et les enfants Non Accompagnés (ENA), sont Identifiés et Documentés grâce à l’aide des RECOPES et des ONGs partenaires. Ils passent ensuite un entretien de vérification où nous recueillons leur expérience pour fournir des informations exactes par rapport à la crise que vivent les enfants, ainsi que pour assurer notre soutien le plus rapide à ces enfants-là. L’identification des enfants leur permet d’obtenir une attestation de sortie de la milice. Cette pratique est partagée par plusieurs des acteurs qui interviennent dans la protection des enfants dans la région. SAPI rapporte ces chiffres à l’UNICEF et à la MONUSCO. Dès leur Identification et Documentation, un processus de Tracing est lancé par des agents à la recherche des familles des enfants.

Une fois retrouvés, et sous la consultation des membres impliqués, enfants et parents, les agents parcourent des kilomètres à moto ou en voiture pour les Réunifier avec leur famille. Nous nous assurons que la zones de réunifications ne mettra pas les enfants et leurs familles dans une situation de vulnérabilité prolongée. Il est aussi arrivé de rechercher d’autres membres de la famille, sans toutefois exclure le retour à la maison quand la situation sécuritaire le permettra. Les leaders communautaires sont également impliqués dans les activités et informés sur le déroulement du processus. L’activité de réunification prend la forme d’une cérémonie d’acceptation, à travers la lecture à haute voix du formulaire de réunification tel une déposition de la responsabilité de la famille et de la communauté toute entière envers leurs enfants. Ils ont effectivement un rôle dans prévention de l’enrôlement des enfants au sein des milices. Au préalable, SAPI offre aux enfants un kit de réunification composé d’une paire de vêtement complet avec sous-vêtements, d’une paire de soulier ketch, de babouches, d’une brosse à dent et dentifrice, ainsi que d’un sac à dos. En cette fin de mars 2018, SAPI a identifié 1721 Enfants Sortis des Milices et 671 Enfants Séparés de leur famille, 323 d’entre eux ont déjà pu être réunifiés.

 

 

 

Figure 14 Le RECOPE avec notre staff local, établissent un plan avant de partir à la recherche des familles des enfants séparés à L’EAE de Tshibala. Figure 15 Cette jeune fille s’apprête à retrouver son village natal dans la zone de Tshibala.

 

 

Figure 16 formalités lorsque les membres de la famille sont réunifiés avec leur enfant, territoire de Kazumba. Figure 17 Enfant réunifié dans la région de Luiza
Figure 18 Enfant réunifié dans le territoire de Kamonia Figure 19 Cette mère vient de retrouver son enfant dans le territoire de Kazumba

 

Accueil Transitoire et Suivi

Avant de pouvoir réunifier ces enfants, si ils n’ont pas trouvé de famille d’accueil spontanée, nous les plaçons en Famille d’Accueil Transitoire (FAT). A ce jour 226 enfants on transité avons par ces Familles d’Accueil. Les familles sont formées au préalable, et nous leur apportons un soutien financier pour les aider à nourrir l’enfant. Nous avons également mis en place un Centre d’accueil transitoire (CTO) à Luiza Centre qui nous permet d’offrir un lit provisoire, des repas, des activités similaires au EAE et une prise en charge médicale et psychologique à 29 enfants à la fois. 120 enfants ont déjà transité par ce lieu. C’est dans la philosophie d’un projet d’appui holistique que SAPI offre un suivi aux enfants pendant leur séjour en FAT et après leur réunification.

 

 Figure 20: Le centre de transit et d’orientation de Luiza (CTO) à Luiza recoit les enfants affectés par la milice (ESM) et leurs offre des activités d’accompagnement psycho-sociales, éducatives et d’orientation professionnelle pour leur projet de vie. Figure 21 Vue sur l’espace de jeu du CTO
Figure 22 Test de dépistage du SIDA volontaire des ESM au Centre Médical ISLAMIC Figure 23 Visite médicale pour les enfants répertoriés à Luambo. Plus de la moitié des enfants souffrent d’une combinaison de ces maladies : paludisme, Rhinopharyngite, parasites intestinaux, et dermatose (entre autres) ainsi que d’algie post-traumatique
 

Figure 24 : Activité de formation de familles transitoires à Luambo sur les lignes directrices des FAT. Entre autre, les critères de sélection, les procédures de placement d’un enfant en FAT et le rôle de la famille dans la protection de l’enfant.

Figure 25 Formation des Familles d’accueil transitoire à Tshibala.

 

Lors de ces prochains quatre mois de travail, SAPI va concentrer son énergie dans la réintégration socio-economique de ces jeunes. Autour de 100 jeunes bénéficieront d’un appui à la matérialisation d’une activité rémunératrice.  SAPI suivra une approche communautaire. A mesure de micro-crédits les enfants pourront suivre leur vision future sous forme de regroupement en coopérative. Dans son ensemble, SAPI s’engage à maintenir ses efforts acharnés pour apporter des réponses idoines à la problématique de la protection de l’enfant

 

 

 

 

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